dimanche 26 mai 2019

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Les balles du 14 juillet 1953

C’est devant une assistance très attentive que Daniel Kupferstein, le réalisateur de ce film documentaire a présenté son œuvre qui sera accompagnée d’un ouvrage sur le même sujet apparaître prochainement.
La projection a eu lieu ce vendredi 24 mars, à la Cimade de Béziers, beaucoup d’organismes contactés ayant décliné cette proposition.  Depuis l’arrivée aux affaires de la nouvelle municipalité à Béziers en 2014, et à la suite du changement du nom de la rue du 19 mars 1962, date qui marque le processus de cessez-le-feu en Algérie, toute évocation de cette question apparaît comme particulièrement sensible.

Ce film dresse un constat pourtant, celui de la perception que l’on pouvait avoir, dans les années 1950, dans le contexte de la guerre froide et de la décolonisation, des populations de l’Union française. Si en 1953, les trois départements français d’Algérie ne connaissaient pas de troubles importants, contrairement à ce qui pouvait se passer en même temps, en Tunisie et au Maroc, il n’en reste pas moins que le feu couvait sous la cendre. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale le nationalisme algérien s’était manifesté, et une répression particulièrement sanglante avait eu lieu, le 8 mai 1945, dans la région de Constantine, particulièrement dans la ville de Sétif. Le nationalisme algérien était incarné alors par Messali Hadj, régulièrement emprisonné ou assigné à résidence, et son influence était importante dans la communauté algérienne qui était installée en France, et qui participaient à la reconstruction du pays.

Le déroulement du film

Le 14 juillet 1953, un drame terrible s’est déroulé en plein Paris.
Au moment de la dislocation d’une manifestation en l’honneur de la Révolution Française, la police parisienne a chargé un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (6 algériens et un français) ont été tuées et une centaine de manifestants ont été blessés dont plus de quarante par balles. Un vrai carnage.
Cette histoire est quasiment inconnue. Pratiquement personne n’est au courant de son existence. Comme si une page d’Histoire avait été déchirée et mise à la poubelle. En France comme en Algérie.
Ce film, est l’histoire d’une longue enquête contre l’amnésie.
Enquête au jour le jour, pour retrouver des témoins, pour faire parler les historiens, pour reprendre les informations dans les journaux de l’époque, dans les archives et autres centres de documentation afin de reconstituer au mieux le déroulement de ce drame mais aussi pour comprendre comment ce mensonge d’Etat a si bien fonctionné.
Avant que les derniers témoins ne disparaissent, il est temps que l’histoire de ce massacre sorte de l’oubli.


Un retour d’historien sur les perceptions de la guerre d’Algérie

L’histoire de la guerre d’Algérie reste encore très largement marquée par des concurrences mémorielles, qui opposent ceux qui se considèrent comme les protagonistes de ce conflit qui s’est terminé officiellement en 1962.
Pendant des années, une sorte de chape de plomb a été posée sur cet épisode de l’histoire des deux pays. Du côté de la France, en dehors de quelques milieux situés à l’extrême gauche, ce que l’on appelait encore « les événements d’Algérie », était passé sous silence. Des associations qui s’estimaient représentatives des rapatriés d’Algérie entretenaient de leur côté une sorte de crispation mémorielle, souvent revancharde, même si pour l’immense majorité de ce que l’on appelait « les pieds-noirs », il s’agissait sans doute de réapprendre à vivre après un drame qu’il ne faut en aucun cas oublier.
Les autorités algériennes ont voulu faire de cette guerre un épisode fondateur de leur histoire, mais aussi une justification du pouvoir qu’elles ont pu exercer à partir d’un parti unique qui a voulu imposer une histoire officielle.
Ce film documentaire, à Béziers, sans doute plus qu’ailleurs, méritait très largement d’être connu.
D’abord parce qu’il introduit, quelques mois avant le début des événements qui commencent le 1er novembre 1954, le contexte de ce qui sera la dernière guerre coloniale menée par la France.
Cette guerre coloniale n’est semblable à aucune autre. Le poids numérique des Européens en Algérie, mais aussi des Algériens en France, leur politisation au fil des événements, constituent l’une des données du problème.
À Béziers, comme dans d’autres villes de l’arc méditerranéen, en raison de l’importance numérique d’une population issue de la communauté rapatriée, on a voulu instrumentaliser cette histoire, et ce faisant, envenimer des cicatrices encore mal refermées.
Il n’est pas question ici de reprendre cette formule constamment rebattue de « devoir de mémoire », mais bien de faire de l’histoire, de donner à savoir et à comprendre.
Bruno Modica