lundi 19 novembre 2018

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Les adieux d'un grand d'Espagne

En faisant son dernier paseo dans la cité de Paul Riquet Juan José Padilla a mis un terme à une histoire d’amour qui avait commencé il y a 22 ans. À ses côtés, Antonio Ferrera et Juan Bautista ont également triomphé.

En cette soirée du 12 août, deuxième journée de la feria, Juan José Padilla avait déjà expédié, le matin même à Dax, deux taureaux dans notre monde. Il faisait également ses adieux au sud-ouest. Mais il était attendu avec une certaine impatience à Béziers. Le maestro de Jerez qui a combattu tous les taureaux, des Miura aux Valdefresno, des Cebada Cago et autres élevages réputés difficiles était opposé ce soir, avec ses compagnons de cartel à un lot plus qu’honorable de Nunez del Cuvillo.

Juan José Padilla a fait toute sa carrière avec cette réputation de torero « qui se joue la peau ». On se souvient de sa période pendant laquelle il se présentait à genoux devant le toril au moment où un taureau de Miura sortait au grand galop. On se souvient aussi des terribles blessures qui sont autant de cicatrices sur son corps. On ne peut pas oublier cette terrible rencontre qui l’a rendu borgne le 7 octobre 2011 à Saragosse. J’ai toujours dans la mémoire l’image de cet homme qui se relève le visage en sang et dont les premiers mots sont adressés à son impresario : « tu ne m’en annules aucune ! ». Une leçon de courage et une leçon de vie pour cet homme qui a tout donné pour sa passion, et qui s’est livré au regard du public, comme aux cornes des taureaux, sans calcul, avec cette générosité qui le caractérise. José Padilla c’est cette star de la tauromachie qui a occupé à plusieurs reprises la première place du classement, et qui a toujours un mot aimable pour ceux qui le croisent, areneros, valets de cheveaux, photographes et tant d’autres, croisés dans le patio de caballos, ce corridor de la peur dans lequel il plaisante toujours.

Torero athlétique il a souvent suavé des après midi de l’ennui... Ce n’était pas le cas de ce 12 août !

Ses adieux à Béziers ont été largement la hauteur du plaisir mais aussi du frisson qu’il a su transmettre pendant deux décennies à ce public. Une nouvelle fois blessé en juillet dernier, il a encore été bousculé la veille du 12 août, assez sévèrement, pour toréer le lendemain matin, et terminer sa journée à Béziers.

Le fin torero Padilla montre son savoir-faire dans cette naturelle épurée

La carrière de Juan José Padilla elle s’est faite à la pointe de l’épée mais aussi en exposant son corps aux cornes de ses adversaires. Son registre a été celui  de ces toreros guerriers, pour qui la corrida est un combat, et qui se livre totalement face au danger. Cela lui a permis d’ouvrir les portes de toutes les arènes, et rares ont été les corridas où il n’a pas séduit. Il a bien souvent, même avec des adversaires peu coopératifs, sauvé de l’ennui bien des fins d’après-midi.

Mais beaucoup ignorent, sauf de rares aficionados que Juan José Padilla est surtout un très fin torero, parfaitement capable de maîtriser tous les tercios. Élégant à la cape, diaboliquement habile aux banderilles et capable de peser sur ses adversaires à la muleta. Lorsque l’on regardera les vidéos qui ont pu être filmées, les photographies qui ont été prises, indépendamment de celles où il a pu être blessé, on comprendra peut-être qu’il aura été , pendant trois décennies, l’un des grands toreros de sa génération.  

Il suffisait pour s’en persuader d’assister à ses deux faenas du 12 août. La première traduit sa totale maîtrise du toreo le plus classique, et le plus puriste des membres du Tendido 7 de Madrid n’y aurait sans doute rien trouvé à redire. Alterner les séries, sans longueur, offrir des naturelles très épurées, tout y était. L’oreille demandée, après l’estocade concluante, était amplement méritée. Sur son deuxième adversaire qu’il a choisi de banderiller, il a offert au public ce qu’il attendait de lui, et après une estocade tout aussi concluante les gradins unanimement réclamaient plus que leur trophée, (une oreille) mais également la deuxième. Cette attribution appartient au président de la course, et force est de constater qu’à trop vouloir « faire de Béziers une arène sérieuse », on oublie parfois que la corrida est aussi une fête. On pourrait débattre à l’infini sur l’attribution du deuxième trophée pour José Padilla, mais est-il nécessaire de priver le public, celui qui paye ses places sans billets de faveurs, du plaisir de voir sortir, pour une dernière fois, « son torero » par la porte grande.

Padilla s’est offert le luxe d’un deuxième tour de piste, avec une ovation très largement méritée, sous la bannière des pirates, qui est devenu aujourd’hui son emblème. On sait quel en a été le prix.

Ce drapeau est devenu son emblème - Il en a payé le prix 

Ses compagnons de cartel ont été particulièrement investis, et même s’il a été mal servi à son second Toro, Antonio Ferreira qui a atteint maintenant une certaine maturité a montré qu’il maîtrisait également, notamment de la main gauche, parfaitement son art. Une belle estocade et une pétition majoritaire du public lui ont permis d’obtenir une oreille.

Avec maturité le torero a su imprimer son talent sur la corne gauche de son adversaire

On sait tout le bien qu’il faut penser de Juan Bautista, toujours sérieux et exigeant avec lui-même. Avec presque 20 ans d’alternative il semble avoir atteint une certaine sérénité, et il imprime sa marque dans toutes les grandes arènes, notamment au moment de la mise à mort, en pratiquant le Récibir. Contrairement au volapié, le plus souvent pratiqué, lorsque le torero s’engage entre les cornes, en déviant la tête du taureau de la main gauche, le recibir suppose de déclencher la charge du taureau qui vient alors rencontrer l’épée. Sur son deuxième adversaire, cette estocade, parfaitement portée, est à inscrire dans les annales.

La naturelle est la passe apparemment la plus simple, mais avec la main gauche les cornes passent très près du corps.

Au final cette corrida de Nunez del Cuvillo a bien tenu toutes ses promesses. À l’exception du cinquième, tous les taureaux ont pu servir, et même s’il manifestaient quelques faiblesses sur la fin, les toreros ont pu s’exprimer très largement. On notera deux chutes de la cavalerie, heureusement sans gravité, ce qui montre que la pique reste l’élément indispensable pour déterminer la bravoure du taureau de combat. Et pour cet après-midi de toros, les pensionnaires de Nunez del Cuvillo n’en manquaient assurément pas.

Bruno Modica