lundi 19 novembre 2018

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Pedraza de Yeltes : Une comète dans le ciel de la tauromachie

Les taureaux de Miuras décevants en 2017 sont remplacés par un élevage qui commence à s’imposer dans les arènes françaises et espagnoles.

La précédente édition de la feria de Béziers avait laissé un peu amer avec la prestation pour le moins décevante des deux élevages les plus prestigieux de la planète tauromachique. Les Victorino Martin et les Miura ont suscité de la part du public une certaine colère tant leurs faiblesses et leurs comportements se sont révélés indignes de leur réputation.

Pour 2018 l’équipe de Robert Margé a fait le choix de bousculer cette tradition de la feria de clôture du 15 août avec les Miura en présentant pour la première fois un élevage récent qui monte, celui de Pedraza de Yeltes.

Ils rencontreront en piste MANUEL ESCRIBANO, JUAN LEAL et ROMAN COLLADO, des toreros engagés et qui ne reculent pas devant les corridas réputées « dures ».

Pour le public qui découvre au fil de ces chroniques la tauromachie, sans être pour autant un lecteur assidu de revues autant spécialisées que confidentielles, il convient de souligner cette forme de divergence qui existe dans la planète des taureaux. Il existe des élevages que les vedettes, que l’on appelle « les figuras del toreo » choisissent de combattre, et qui leur permettent de maintenir leur statut et par voie de conséquence leur nombre de corridas. Les éleveurs répondent à cette demande et par leur patient travail de sélection parviennent à proposer des lots qui répondent aux besoins du spectacle. Un taureau suffisamment fort pour tenir face à de longues séries de passe de muleta, avec une certaine naïveté pour suivre le leurre du torero sans donner de coups de tête. Il n’en demeure pas moins que ces animaux sauvages peuvent avoir des comportements dangereux, mais trop souvent la sélection aboutit à les priver du « piquant » qui suscite l’émotion. On appelle cela la caste.

Et puis il y a les élevages que l’on appelle « de respect », parfois auréolés d’une légende noire comme les Miura, issus de branches qui se sont peu à peu réduites par le simple mécanisme des lois du marché. Ces élevages fournissent beaucoup moins de corridas, leur rentabilité est loin d’être assurée d’autant que les vedettes qui remplissent les gradins des arènes rechignent à les rencontrer. Leurs adversaires qui ne peuvent se permettre de refuser des contrats toréent beaucoup moins et peuvent parfois se révéler dépassés par des taureaux qui supposeraient un bagage technique plus important.

Les trois toreros qui fouleront le sable des arènes de Béziers pour le 15 août ne sont pas les premiers venus. Manuel Escribano a foulé le sable des arènes de Béziers comme novillero avant d’y revenir l’année dernière comme matador de taureaux. Entre son alternative en 2004 et la période actuelle sa carrière a connu une éclipse, mais il s’inscrit désormais dans la lignée des toreros pour les corridas de respect. Il se révèle comme un excellent banderillero, et il aura à cœur de retrouver son public de Béziers, un peu orphelin depuis le 12 août de Juan José Padilla.



Juan Leal fait partie de cette dynastie de toreros arlésiens, issus de l’école taurine de la ville, et qui se révèlent toujours très engagés. Face aux taureaux de Céret, avec des corridas sérieuses, il a pu montrer ses capacités à s’investir devant des adversaires peu commodes.



La découverte pour le public biterrois sera celle de Roman Collado qui a la particularité d’être à la fois Valencian et Breton.  Il a quatre ans d’alternative, et a pu largement séduire le public le 15 août 2017 à Madrid, (Sortie par la grande porte) et a passé la période hivernale en Colombie où il a également triomphé.



Il convient pour conclure de revenir sur les particularités de l’élevage qui fera sa première présentation à Béziers ce 15 août. L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit de remplacer peut-être les mythiques taureaux de Zahariche, les Miura, dans le cœur des biterrois. Cet élevage est tout récent, puisqu’il a été présenté pour la première fois à Madrid en 2010. Considérés comme des adversaires sérieux les taureaux de Pedraza  sont pourtant issus d’une lignée de taureaux plutôt destinés aux artistes qu’aux toreros guerriers. (Juan Pedro Domecq) Ils s’inscrivent pour l’instant dans la lignée de ces sélections pratiquées par Cebada Gago ou Fuente y Imbro, c’est-à-dire des taureaux piquants, qui demandent énormément de rigueur et que leur mayoral, l’ancien torero Miguel Angel Sanchez prépare comme des athlètes.

Les critères de sélection sont impitoyables, et les propriétaires de la ganaderia, les frères Uranga tiennent à ce que leurs pensionnaires soient impressionnants dans les arènes. Mobiles tout en étant extrêmement forts au cheval, ils demandent beaucoup de bagage technique pour être toréés. Pour l’instant les vedettes de la tauromachie sont particulièrement réticents à l’idée de les rencontrer. De plus, la sélection particulièrement drastique ne permet pas pour l’instant de fournir un nombre très important de corridas. C’est dire l’importance que cela peut avoir pour les arènes de Béziers.

Au-delà de l’élevage, l’enjeu est également très important pour le devenir de la feria de la ville de Paul Riquet. La baisse de la fréquentation aux arènes, en partie imputable aux mesures de sécurité inévitables, mais aussi aux prix des places dopés par une TVA abusive, est un phénomène général. Mais il en va de l’avenir de la corrida. Ce spectacle qui suppose évidemment une éducation qui soit accessible au grand public doit retrouver toute son authenticité. Il suppose que les hommes qui ont fait le choix de s’habiller de lumière s’engagent sans calcul, mais aussi qu’ils acceptent de rencontrer des adversaires exigeants. Le public, contrairement à ce que l’on peut en dire avec un certain mépris d’initiés, ne se trompera pas lorsqu’il verra en piste un combat authentique. Et si ce combat comporte, grâce à la valeur de l’homme, une dimension artistique, alors, au-delà du cercle étroit des aficionados détenteurs de vérités absolues, on pourra retrouver ces sensations qui se font malheureusement trop rares par les temps qui courent.

Bruno Modica