lundi 19 novembre 2018

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Triomphe des caballeros en plaza

Les rejoneadors Pablo Hermoso de Mendoza et Léa Vicens ont offert une très belle prestation appréciée par le  public malgré des taureaux de Bohorquez un peu faibles. Une belle leçon de dressage avec ces chevaux toreros de grande classe.

Le choix de présenter une corrida à cheval a permis de rencontrer un succès incontestable au niveau du public qui a été au moins aussi nombreux que lors de la corrida du 12 août. L’affiche avait tout pour séduire avec deux cavaliers de grande renommée. Le numéro un de la spécialité depuis presque deux décennies, Hermoso de Mendoza et la nîmoise Léa Vicens présente l’an dernier à Béziers aux côtés de Sébastien Castella pour une corrida mixte.

Le public est rarement déçu par une corrida à cheval car il apprécie évidemment, et il a raison, les performances des cavaliers et de leurs montures, toujours superbement présentées, avec une diversité de robes toujours séduisante. Les costumes des caballeros sont également superbes, avec cette jaquette gris acier et or pour Mendoza et la tenue de caballera andalouse pour Léa.

Sortie en triomphe des deux cavaliers, Léa Vicens et Hermoso de Mendoza

La musique qui joue en permanence, sauf au moment de la mise à mort qui se pratique en piste, contrairement à la corrida portugaise, créée sur les gradins une ambiance toujours festive.

Les deux oreilles coupées au même taureau par les deux cavaliers leur ont permis d’ouvrir la grande porte des arènes de Béziers. En quittant le plateau de Valras, il y avait même un air de fête qui contrastait avec certaines sorties lorsque les prestations proposées avaient pu décevoir.

Mais si l’on cherche à éduquer le public, et les lecteurs de ces lignes, il convient de rappeler que la tauromachie à cheval n’est pas une « sous–corrida », et encore moins un spectacle « pour touristes » qui auraient tendance à oublier que la corrida de Rejon, son véritable nom, s’inscrit dans la plus ancienne tradition tauromachique sur l’ensemble de la péninsule Ibérique, Portugal compris.

Mendoza démontre ici que le mouvement du cheval obéit à la même logique que celle de la muleta dans la tauromachie à pied.

Les deux toreros ont proposé bien plus qu’un exercice de dressage de leurs chevaux. Comme dans la tauromachie à pied le taureau reste l’élément central de la corrida. La différence réside dans l’utilisation du cheval comme élément déclencheur de la charge du taureau, au même titre que la cape ou la muleta. On a tendance évidemment à regarder la pose de banderilles, et les figures artistiques qui en découlent. On apprécie forcément l’habileté des cavaliers qui évitent les charges rectilignes de leurs adversaires.

Le cavalier coupe la trajectoire rectiligne du taureau pour s’en approcher au plus près et planter là banderilles, comme élément démonstratif de sa domination.

Et pourtant, la pose d’une banderille vient conclure une série de passes dans laquelle le corps du cheval, parfois sa queue, sert de muleta. Mendoza il y a presque 20 ans a révolutionné la corrida de Rejon.  Avec son dressage particulièrement rigoureux, le pacte fusionnel qu’il entretient avec chacune de ces montures, il est parvenu à donner ce que l’on appelle de ce terme intraduisible « le temple », à cette tauromachie particulière. Les mouvements du cheval s’accordent à la charge du taureau, de la même façon que le frémissement de la muleta et son mouvement horizontal guident la charge dans la corrida à pied.

Mendoza a montré qu’il dominait évidemment cet exercice, avec une incontestable facilité. Mais Léa Vicens qui a incontestablement gagné en assurance depuis l’année dernière, et qui est très présente dans tous les spectacles, a su tirer le meilleur des enseignements de son aîné.

On retrouve tout le travail du cheval qui change de direction sur ses appuis postérieurs pour se rapprocher des cornes et permettre la pose de la banderille à la cavalière.

Le vent qui aurait pu gêner les toreros dans la corrida à pied n’a évidemment pas perturbé les chevaux et leurs cavaliers, même s’il a déclenché une poussière en piste que l’on aurait pu éviter avec des arrosages plus fréquents. Les connaisseurs les plus affûtés de la corrida de Rejon regretteront sans doute la faiblesse des taureaux qui se sont révélés, pour les quatre derniers comme assez peu mobiles. Les chevaux ont dû assumer l’essentiel du travail. Les puristes pourront s’étonner de la distribution plutôt généreuse d’oreilles par une présidence habituellement plus parcimonieuse. Faudrait-il voir une indifférence du Palco, (le balcon de la présidence) à l’égard de cette tauromachie, à moins que cela ne soit une méconnaissance.

Une belle démonstration de géométrie dans l’espace lorsque l’on regarde attentivement les convergences de lignes entre les banderilles, l’armure du taureau et la trajectoire du cheval. Cette composition ne doit rien évidemment au photographe mais tout à la caballera !

Mais peu importe finalement. La fréquentation plutôt positive des arènes pour ce spectacle de tauromachie à cheval a montré qu’il existait à Béziers une demande. Et de ce point de vue la direction des arènes a su anticiper. Peut-être faudra-t-il initier le public, a priori plus familier avec la corrida à pied. Lui montrer que au final la géométrie dans l’espace de la tauromachie à pied se retrouve avec des paramètres supplémentaires dans la corrida à cheval. Et bien entendu, si le taureau reste l’élément déterminant, ce qui suppose une exigence à l’égard des éleveurs, le cheval, plus noble conquête de l’homme, est un torero à part entière.

Bruno Modica