mardi 20 novembre 2018

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Les taureaux de Miuras décevants en 2017 sont remplacés par un élevage qui commence à s’imposer dans les arènes françaises et espagnoles.

La précédente édition de la feria de Béziers avait laissé un peu amer avec la prestation pour le moins décevante des deux élevages les plus prestigieux de la planète tauromachique. Les Victorino Martin et les Miura ont suscité de la part du public une certaine colère tant leurs faiblesses et leurs comportements se sont révélés indignes de leur réputation.

Pour 2018 l’équipe de Robert Margé a fait le choix de bousculer cette tradition de la feria de clôture du 15 août avec les Miura en présentant pour la première fois un élevage récent qui monte, celui de Pedraza de Yeltes.

Ils rencontreront en piste MANUEL ESCRIBANO, JUAN LEAL et ROMAN COLLADO, des toreros engagés et qui ne reculent pas devant les corridas réputées « dures ».

Pour le public qui découvre au fil de ces chroniques la tauromachie, sans être pour autant un lecteur assidu de revues autant spécialisées que confidentielles, il convient de souligner cette forme de divergence qui existe dans la planète des taureaux. Il existe des élevages que les vedettes, que l’on appelle « les figuras del toreo » choisissent de combattre, et qui leur permettent de maintenir leur statut et par voie de conséquence leur nombre de corridas. Les éleveurs répondent à cette demande et par leur patient travail de sélection parviennent à proposer des lots qui répondent aux besoins du spectacle. Un taureau suffisamment fort pour tenir face à de longues séries de passe de muleta, avec une certaine naïveté pour suivre le leurre du torero sans donner de coups de tête. Il n’en demeure pas moins que ces animaux sauvages peuvent avoir des comportements dangereux, mais trop souvent la sélection aboutit à les priver du « piquant » qui suscite l’émotion. On appelle cela la caste.

Et puis il y a les élevages que l’on appelle « de respect », parfois auréolés d’une légende noire comme les Miura, issus de branches qui se sont peu à peu réduites par le simple mécanisme des lois du marché. Ces élevages fournissent beaucoup moins de corridas, leur rentabilité est loin d’être assurée d’autant que les vedettes qui remplissent les gradins des arènes rechignent à les rencontrer. Leurs adversaires qui ne peuvent se permettre de refuser des contrats toréent beaucoup moins et peuvent parfois se révéler dépassés par des taureaux qui supposeraient un bagage technique plus important.

Les trois toreros qui fouleront le sable des arènes de Béziers pour le 15 août ne sont pas les premiers venus. Manuel Escribano a foulé le sable des arènes de Béziers comme novillero avant d’y revenir l’année dernière comme matador de taureaux. Entre son alternative en 2004 et la période actuelle sa carrière a connu une éclipse, mais il s’inscrit désormais dans la lignée des toreros pour les corridas de respect. Il se révèle comme un excellent banderillero, et il aura à cœur de retrouver son public de Béziers, un peu orphelin depuis le 12 août de Juan José Padilla.



Juan Leal fait partie de cette dynastie de toreros arlésiens, issus de l’école taurine de la ville, et qui se révèlent toujours très engagés. Face aux taureaux de Céret, avec des corridas sérieuses, il a pu montrer ses capacités à s’investir devant des adversaires peu commodes.



La découverte pour le public biterrois sera celle de Roman Collado qui a la particularité d’être à la fois Valencian et Breton.  Il a quatre ans d’alternative, et a pu largement séduire le public le 15 août 2017 à Madrid, (Sortie par la grande porte) et a passé la période hivernale en Colombie où il a également triomphé.



Il convient pour conclure de revenir sur les particularités de l’élevage qui fera sa première présentation à Béziers ce 15 août. L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit de remplacer peut-être les mythiques taureaux de Zahariche, les Miura, dans le cœur des biterrois. Cet élevage est tout récent, puisqu’il a été présenté pour la première fois à Madrid en 2010. Considérés comme des adversaires sérieux les taureaux de Pedraza  sont pourtant issus d’une lignée de taureaux plutôt destinés aux artistes qu’aux toreros guerriers. (Juan Pedro Domecq) Ils s’inscrivent pour l’instant dans la lignée de ces sélections pratiquées par Cebada Gago ou Fuente y Imbro, c’est-à-dire des taureaux piquants, qui demandent énormément de rigueur et que leur mayoral, l’ancien torero Miguel Angel Sanchez prépare comme des athlètes.

Les critères de sélection sont impitoyables, et les propriétaires de la ganaderia, les frères Uranga tiennent à ce que leurs pensionnaires soient impressionnants dans les arènes. Mobiles tout en étant extrêmement forts au cheval, ils demandent beaucoup de bagage technique pour être toréés. Pour l’instant les vedettes de la tauromachie sont particulièrement réticents à l’idée de les rencontrer. De plus, la sélection particulièrement drastique ne permet pas pour l’instant de fournir un nombre très important de corridas. C’est dire l’importance que cela peut avoir pour les arènes de Béziers.

Au-delà de l’élevage, l’enjeu est également très important pour le devenir de la feria de la ville de Paul Riquet. La baisse de la fréquentation aux arènes, en partie imputable aux mesures de sécurité inévitables, mais aussi aux prix des places dopés par une TVA abusive, est un phénomène général. Mais il en va de l’avenir de la corrida. Ce spectacle qui suppose évidemment une éducation qui soit accessible au grand public doit retrouver toute son authenticité. Il suppose que les hommes qui ont fait le choix de s’habiller de lumière s’engagent sans calcul, mais aussi qu’ils acceptent de rencontrer des adversaires exigeants. Le public, contrairement à ce que l’on peut en dire avec un certain mépris d’initiés, ne se trompera pas lorsqu’il verra en piste un combat authentique. Et si ce combat comporte, grâce à la valeur de l’homme, une dimension artistique, alors, au-delà du cercle étroit des aficionados détenteurs de vérités absolues, on pourra retrouver ces sensations qui se font malheureusement trop rares par les temps qui courent.

Bruno Modica

Corrida de rejon du 14 août pour Léa Vicens et Pablo Hermoso de Mendoza, les deux meilleurs rejoneador du moment.

Beaucoup moins connu que la tauromachie à pied, pourtant plus récente, puisque sa codification remonte au début du XVIIIe siècle, le combat équestre contre les taureaux remonte sans doute à la période de la reconquista. Entrainement militaire pratiqué par les chevaliers il permettait de maîtriser également la population de bovins sauvages. Peu à peu l’exercice a été fixé, organisé sur une place, d’où le nom de Caballeros en plaza que l’on donnait aux aristocrates qui se consacraient à ce loisir. Aristocrates car l’entretien d’une cavalerie n’est évidemment pas accessible, dans cette Espagne du siècle d’or, au commun des mortels. Cette spécialité se développe simultanément en Espagne et au Portugal. Sur la partie ouest de la péninsule Ibérique, la mise à mort publique du taureau est interdite au XIXe siècle.( Ce qui signifie que le taureau est abattu à la sortie des arènes).

Le choix des arènes de Béziers de proposer une corrida de rejon, puisque c’est ainsi que l’on désigne cette spécialité, a été précédé par des spectacles mixtes, les années précédentes, réunissant des toreros à pied et un cavalier.

En proposant pour un Mano à Mano celui qui domine cette spécialité depuis 1989 , Pablo Hermozo de Mendoza et la nîmoise, Léa Vicens, venue à Béziers en 2017, l’équipe de Robert Margé a fait un choix particulièrement pertinent. Le public sera évidemment séduit par la prestance des chevaux et de leurs cavaliers respectifs. Face aux taureaux de l’élevage de Fermin Bohorquez, une grande famille d’éleveurs et de cavaliers c’est en réalité un groupe équestre complet qui se présente. Le cavalier fait littéralement corps avec son cheval, et comme dans la tauromachie à pied il s’agit de proposer au taureau le corps du cheval comme une menace. Cela déclenche une charge particulièrement rapide, et la grâce du cheval fait tout de même parfois oublier le danger que représente un animal de près de 500 kg dont la course au démarrage équivaut à celle d’un cheval au galop.

Le cheval et sa cavalière représentent une menace pour le taureau qui s’élance

Les quatre ou cinq chevaux que les cavaliers présentent pour les différentes phases du combat sont particulièrement entraînés, les spécialistes considèrent qu’un cheval torero atteint sa maturité entre 5 et 10 ans. En dehors de l’activité dans les arènes, l’essentiel du temps d’un rejoneador est consacré à la sélection de ses chevaux, et à leur entraînement. Il s’agit de forcer l’instinct naturel du cheval qui serait de fuir face au taureau et de le conduire à le défier.

Ce spectacle est également un combat, et même si le diamant des cornes a été retiré pour éviter que le cheval ne soit blessé en cas de contact, le danger rôde aussi. La moindre erreur dans la conduite du cheval à pleine vitesse, le mauvais appui sur un changement de direction, et l’accident devient possible, avec toutes ses conséquences.

Mais les deux cavaliers, Léa Vicens et Pablo Hermoso ne sont pas les premiers venus. Léa Vicens a été à bonne école, celle de Angel Peralta, venu pour l’une de ses dernières prestations publiques à Béziers en 1996, et qui avait en son temps révolutionné sa discipline. La tauromachie à cheval a très longtemps été dominée par les Portugais, dont le costume est celui des cavaliers du XVIIIe siècle. Les caballeros de tradition espagnole, avec la révolution de Mendoza au début des années 90 ont renouvelé la spécialité. Le combat est beaucoup plus mobile, les figures inscrites sur le sable des arènes par le mouvement du cheval face aux taureaux de plus en plus proche de la tauromachie à pied.

Face au cheval, le taureau est loin d’être impuissant. Contrairement aux passes servies par un torero à pied qui lui imposent de baisser la tête avec un mouvement de rotation, le taureau de rejon poursuit inlassablement le cheval avec une trajectoire qu’il cherche à rendre rectiligne, tout naturellement. L’art du cavalier sera, comme avec une muleta, de guider sa charge et d’inscrire sur le sable des arènes cette figure de style qui démontrera sa domination face à l’animal sauvage.

Pose de banderilles courtes en pleine course du taureau

La corrida à cheval offre tout naturellement un spectacle plaisant, d’apparence plus accessible à un non connaisseur. On apprécie évidemment la beauté de ses chevaux de race espagnole ou lusitanienne, leur comportement parfois un peu cabotin, car certains ont parfaitement conscience d’être les stars du spectacle tout comme la posture des cavaliers et leur habileté pour poser les banderilles.

Mais en réalité, contrairement à la tauromachie à pied où un homme s’expose face à un taureau pour le dominer, le cheval introduit une troisième dimension. La géométrie euclidienne qui inscrit des figures sur le plan des arènes devient alors celle de Riemann, où le groupe équestre vertical rencontre dans l’espace l’horizontalité de la masse du taureau en mouvement.

Que les choses soient claires, au moment où la corrida devient de plus en plus contestée, et probablement pour les pires des raisons, il faut affirmer, haut et fort, que cette discipline artistique révèle les capacités de l’homme, celui à qui, pour reprendre Pic de la Mirandole, le créateur a donné la maîtrise de la nature. Rares sont les lieux où l’homme cherche à la défier, sans pour autant la défigurer, mais au contraire en la mettant en valeur et en la conservant.

Bruno Modica

Un lot remarquable de novillos (taureaux de trois ans) de Robert Margé a permis le triomphe des deux toreros mexicains, El Galo et Diego San Roman. Le Biterrois Carlos Olsina a montré de belles dispositions également.

Les habitués des arènes de Béziers connaissent bien l’élevage de Robert Robert Margé, l’impeccable présentation de ses pensionnaires et leur bravoure. Ils n’ont pas été déçus, et ces novillos, comme leurs congénères âgés de quatre ans et plus sont allés face au cheval du picador avec un incontestable entrain. Deux cavaliers ont même été mis en difficulté, ce qui démontre l’évidence que cet élevage situé sur les rives de l’Aude peut largement figurer dans tous les cartels.

Sérieux par leurs armures, les novillos accompagné par leur Majoral Olivier Margé l’ont également été par leur comportement. Leur noblesse n’était pas dénuée de piquant et la moindre approximation de leurs adversaires n’était jamais dénuée de conséquences.

Le Majoral des Monteilles, Olivier Margé confiant dans le comportement de ses pensionnaires

Les amateurs qui ont décidé de passer leur fin d’après-midi sur les gradins des arènes de Béziers n’avaient aucune raison d’être déçus. Ils pourront même dire aux absents, toujours trop nombreux, qu’ils seront passés à côté d’une belle soirée de taureaux.

Les trois novilleros présents au cartel se sont très largement exprimés, ils ont offert au public un beau spectacle, en même temps que de l’émotion. Car les novillos des Monteilles suivant inlassablement la muleta exigeaient de leurs adversaires de la rigueur et du sérieux.

Le coup de cœur du public et des connaisseurs, pour une fois d’accord, est allé au plus jeune dans le métier de ces novilleros. Diego San Roman a fait ses débuts en novillada piquée en janvier 2018 mais il a montré, notamment sur son premier taureau un sens de la domination particulièrement étonnant. Toréant contre les barrières  sur à peine 1 m² il a littéralement subjugué son adversaire en déployant un répertoire de passes qui s’imposaient aux novillo. Une belle estocade lui a permis d’obtenir un incontestable trophée. Un deuxième, celui que seule la présidence peut accorder n’aurait sans doute pas été indécent.

Une entame à la cape qui pèse d’emblée sur le taureau.

Une démonstration de domination imposant sa volonté au novillo contre les barrières. Le risque est évident en cas d’erreur !

Mais dans l’ordre d’entrée dans la profession, il convient de citer en premier le Franco mexicain « El Galo », l’un de ces toreros banderillero et au riche répertoire de cape qui séduisent toujours. Contrairement à Diego, malheureux à la mise à mort sur son deuxième taureau, il a été particulièrement efficace au moment de l’estocade, et le public a su reconnaître son engagement, son sens du combat, et aussi sa capacité à très vite comprendre les comportements de ses adversaires. Les deux oreilles obtenues étaient largement méritées.

Une belle passe de pecho (de poitrine) pour le torero franco-mexicain, El Galo

Carlos Olsina est l’enfant du pays, et il a commencé les novilladas piquées il y a tout juste un an. Il est issu de l’école taurine de Béziers Méditerranée, et son répertoire technique est incontestable. Il a pu servir de très belles séries de passe de la main droite, et de la main gauche, particulièrement à son second Toro, exceptionnel puisque gratifié d’un tour de piste posthume. Sa malchance au moment de la mise à mort l’a privé d’une oreille que son public lui aurait volontiers accordée.

Le torero biterrois a un incontestable bagage technique. Une belle sortie d’une série de passes qui ont pesé sur le taureau.

Au moment de conclure sur ce retour consacré à cette soirée du 13 août, il est possible d’exprimer plusieurs souhaits. La novillada avec picadors ne doit pas être envisagée comme une « sous–corrida », bien au contraire. Si le passage de trois à quatre ans pour un taureau de combat n’a rien d’anodin, il n’en demeure pas moins que les novillos sont de vrais adversaires, plus mobiles que leurs aînés, disposant peut-être de moins de force, mais de plus de charge, et en tout cas capables d’offrir au public, pour autant qu’ils trouvent des toreros à leur mesure, de belles sensations. Reste aux organisateurs de spectacles taurins à programmer ces novilladas et aux éleveurs de fournir des spécimens de qualité.

Autre élément non négligeable qui pourrait retenir l’attention du public, celui du prix des places. Plus accessibles que les corridas formelles les novilladas piquées peuvent partir à la conquête d’un nouveau public. L’enjeu est simple, il en va du maintien de la tauromachie !

Bruno Modica

En faisant son dernier paseo dans la cité de Paul Riquet Juan José Padilla a mis un terme à une histoire d’amour qui avait commencé il y a 22 ans. À ses côtés, Antonio Ferrera et Juan Bautista ont également triomphé.

En cette soirée du 12 août, deuxième journée de la feria, Juan José Padilla avait déjà expédié, le matin même à Dax, deux taureaux dans notre monde. Il faisait également ses adieux au sud-ouest. Mais il était attendu avec une certaine impatience à Béziers. Le maestro de Jerez qui a combattu tous les taureaux, des Miura aux Valdefresno, des Cebada Cago et autres élevages réputés difficiles était opposé ce soir, avec ses compagnons de cartel à un lot plus qu’honorable de Nunez del Cuvillo.

Juan José Padilla a fait toute sa carrière avec cette réputation de torero « qui se joue la peau ». On se souvient de sa période pendant laquelle il se présentait à genoux devant le toril au moment où un taureau de Miura sortait au grand galop. On se souvient aussi des terribles blessures qui sont autant de cicatrices sur son corps. On ne peut pas oublier cette terrible rencontre qui l’a rendu borgne le 7 octobre 2011 à Saragosse. J’ai toujours dans la mémoire l’image de cet homme qui se relève le visage en sang et dont les premiers mots sont adressés à son impresario : « tu ne m’en annules aucune ! ». Une leçon de courage et une leçon de vie pour cet homme qui a tout donné pour sa passion, et qui s’est livré au regard du public, comme aux cornes des taureaux, sans calcul, avec cette générosité qui le caractérise. José Padilla c’est cette star de la tauromachie qui a occupé à plusieurs reprises la première place du classement, et qui a toujours un mot aimable pour ceux qui le croisent, areneros, valets de cheveaux, photographes et tant d’autres, croisés dans le patio de caballos, ce corridor de la peur dans lequel il plaisante toujours.

Torero athlétique il a souvent suavé des après midi de l’ennui... Ce n’était pas le cas de ce 12 août !

Ses adieux à Béziers ont été largement la hauteur du plaisir mais aussi du frisson qu’il a su transmettre pendant deux décennies à ce public. Une nouvelle fois blessé en juillet dernier, il a encore été bousculé la veille du 12 août, assez sévèrement, pour toréer le lendemain matin, et terminer sa journée à Béziers.

Le fin torero Padilla montre son savoir-faire dans cette naturelle épurée

La carrière de Juan José Padilla elle s’est faite à la pointe de l’épée mais aussi en exposant son corps aux cornes de ses adversaires. Son registre a été celui  de ces toreros guerriers, pour qui la corrida est un combat, et qui se livre totalement face au danger. Cela lui a permis d’ouvrir les portes de toutes les arènes, et rares ont été les corridas où il n’a pas séduit. Il a bien souvent, même avec des adversaires peu coopératifs, sauvé de l’ennui bien des fins d’après-midi.

Mais beaucoup ignorent, sauf de rares aficionados que Juan José Padilla est surtout un très fin torero, parfaitement capable de maîtriser tous les tercios. Élégant à la cape, diaboliquement habile aux banderilles et capable de peser sur ses adversaires à la muleta. Lorsque l’on regardera les vidéos qui ont pu être filmées, les photographies qui ont été prises, indépendamment de celles où il a pu être blessé, on comprendra peut-être qu’il aura été , pendant trois décennies, l’un des grands toreros de sa génération.  

Il suffisait pour s’en persuader d’assister à ses deux faenas du 12 août. La première traduit sa totale maîtrise du toreo le plus classique, et le plus puriste des membres du Tendido 7 de Madrid n’y aurait sans doute rien trouvé à redire. Alterner les séries, sans longueur, offrir des naturelles très épurées, tout y était. L’oreille demandée, après l’estocade concluante, était amplement méritée. Sur son deuxième adversaire qu’il a choisi de banderiller, il a offert au public ce qu’il attendait de lui, et après une estocade tout aussi concluante les gradins unanimement réclamaient plus que leur trophée, (une oreille) mais également la deuxième. Cette attribution appartient au président de la course, et force est de constater qu’à trop vouloir « faire de Béziers une arène sérieuse », on oublie parfois que la corrida est aussi une fête. On pourrait débattre à l’infini sur l’attribution du deuxième trophée pour José Padilla, mais est-il nécessaire de priver le public, celui qui paye ses places sans billets de faveurs, du plaisir de voir sortir, pour une dernière fois, « son torero » par la porte grande.

Padilla s’est offert le luxe d’un deuxième tour de piste, avec une ovation très largement méritée, sous la bannière des pirates, qui est devenu aujourd’hui son emblème. On sait quel en a été le prix.

Ce drapeau est devenu son emblème - Il en a payé le prix 

Ses compagnons de cartel ont été particulièrement investis, et même s’il a été mal servi à son second Toro, Antonio Ferreira qui a atteint maintenant une certaine maturité a montré qu’il maîtrisait également, notamment de la main gauche, parfaitement son art. Une belle estocade et une pétition majoritaire du public lui ont permis d’obtenir une oreille.

Avec maturité le torero a su imprimer son talent sur la corne gauche de son adversaire

On sait tout le bien qu’il faut penser de Juan Bautista, toujours sérieux et exigeant avec lui-même. Avec presque 20 ans d’alternative il semble avoir atteint une certaine sérénité, et il imprime sa marque dans toutes les grandes arènes, notamment au moment de la mise à mort, en pratiquant le Récibir. Contrairement au volapié, le plus souvent pratiqué, lorsque le torero s’engage entre les cornes, en déviant la tête du taureau de la main gauche, le recibir suppose de déclencher la charge du taureau qui vient alors rencontrer l’épée. Sur son deuxième adversaire, cette estocade, parfaitement portée, est à inscrire dans les annales.

La naturelle est la passe apparemment la plus simple, mais avec la main gauche les cornes passent très près du corps.

Au final cette corrida de Nunez del Cuvillo a bien tenu toutes ses promesses. À l’exception du cinquième, tous les taureaux ont pu servir, et même s’il manifestaient quelques faiblesses sur la fin, les toreros ont pu s’exprimer très largement. On notera deux chutes de la cavalerie, heureusement sans gravité, ce qui montre que la pique reste l’élément indispensable pour déterminer la bravoure du taureau de combat. Et pour cet après-midi de toros, les pensionnaires de Nunez del Cuvillo n’en manquaient assurément pas.

Bruno Modica

Les trois toreros présents au cartel de cette deuxième corrida de la feria savent susciter l’enthousiasme du public.

C’est un moment d’émotion que le public biterrois pourra vivre ce 12 août, avec les adieux du torero lui, Juan José Padilla a tout donné pour sa passion. Il a subi de terribles blessures, et encore une récemment, le 7 juillet dernier. Ses cicatrices, le bandeau noir qu’il porte à son œil, séquelle d’une cornada du 7 octobre 2011, racontent une histoire, celle d’un homme à l’immense courage. On connaît moins, parce que l’on a souvent tendance à se fier aux apparences, sa science du taureau de combat. Il peut se révéler comme un très fin torero, capable de faire ressentir au public des moments de grâce, à nuls autres pareils.

Le public biterrois l’ovationnera certainement car ce maestro toujours chaleureux, communiquant en permanence avec son public, ne pourrait laisser personne indifférent.

À ses côtés il rencontrera un autre torero, lui aussi banderillero, qui revient à Béziers, après plusieurs années d’absence. Antonio Ferrera est aussi un guerrier, tout comme son compère de Jerez. Lui aussi a fait le choix de susciter l’émotion du public, avec cet instinct du combat qui rappelle que la tauromachie qui relève bien de l’art de l’éphémère est aussi un moment où l’on expose son corps à des coups meurtriers.

Il y a les toreros artistes, il y a aussi les guerriers, mais tous sont prêts à s’exposer pour aller au bout de cette passion à nulle autre pareille. Comment imaginer autrement qu’avec une étoffe et avec comme seule armure un habit de lumière, on aille affronter des fauves de plus de 500 kg ?

Le cartel est complété par Juan Bautista, le torero arlésien, celui pour qui l’engagement n’est pas non plus un vain mot. Il affronte tous les taureaux, et il était présent l’an passé devant les Miura. Il ne triche jamais, et cherche toujours à tirer le meilleur de ses adversaires. Cet immense respect pour le public, les biterrois l’apprécient. Parfois plus que les arlésiens eux-mêmes.

Cette danse avec la mort qui rôde parfois est sans doute ce qui nous rappelle le plus à notre condition d’humains, de prédateurs aussi. Ces hommes, ces toreros qui ont fait de cette familiarité avec le danger leur métier, ne sont pas seulement des artistes. Dans un monde aseptisé, où l’on cherche le risque zéro, il nous donnent aussi une leçon de vie.

Face à ces trois combattants les adversaires issus de l’élevage de Nunez del Cuvillo peuvent se révéler d’excellents partenaires.  Présent dans toutes les arènes ces taureaux qui sont souvent celles salpicados, (noir ou gris tachetés de blanc) permettent à la plupart des toreros de s’exprimer. Mais encore une fois, on ne le dira jamais assez, la corrida comme un art de l’éphémère n’est jamais écrite à l’avance. Et c’est ce qui en fait un spectacle qui n’a pas d’équivalent, et qui en tout cas ne laisse personne indifférent.

Bruno Modica

Si les deux premières corridas de la féria ont permis de découvrir des toreros particulièrement bien placés dans la hiérarchie de la profession, le spectacle proposé ce 14 août par l’empresa Robert Margé mérite assurément le détour. Les taureaux qui fouleront le sable de l’arène en cette fin d’après-midi sont issus d’un élevage d’exception, celui de Victorino Andres Martin.

Les taureaux qui sortiront en piste sont le résultat d’un patient travail de renaissance qui a commencé il y a plus de 50 ans. Victorino Martin retrouvait les souches originales d’une branche qui avait été largement décimée pendant la guerre civile espagnole, celle des Saltillo, une branche issue de ce que l’on appelle une encaste, celle de Santa Coloma.

Les toros de cet élevage sont reconnaissables à leur tête très particulière, avec un museau plutôt fin, une conformité très athlétique, et dans la plupart des cas une armure qui inspire le respect.

Un exemplaire de la corrida du 14 août, parfaitement dans le type de cet élevage d’exception

Ces toros peuvent permettre les plus grands triomphes, car ils se caractérisent par leur bravoure, notamment face à la pique, et ils conservent, dans toutes les phases du combat, une grande mobilité. Ce sont des adversaires qui peuvent se montrer particulièrement piquants, et qui demandent aux matadors un investissement total. Face à un Victorino Martin, ce qui marque en premier, c’est la mobilité de son regard. Le torero qui ne serait pas parfaitement positionné face à un tel adversaire pourrait très vite « perdre ses papiers », c’est-à-dire se faire déborder, et finalement se mettre en danger.

Robert Margé, l’empresa des arènes de arènes de Béziers propose une corrida qui peut se révéler riche en émotions

Pour combattre ce bétail, il faut faire preuve d’une extrême rigueur. Il est indispensable de livrer une tauromachie très engagée, en se croisant face aux cornes, et en imposant la trajectoire au toro.

Les torero présentés cet après-midi sont parfaitement aptes à s’exprimer devant de telles adversaires. Manuel Escrivano est connu à Béziers depuis longtemps, et après une éclipse dans sa carrière, revient en se spécialisant dans ce que l’on appelle « les corridas dures ». Torero très complet, il pose ses banderilles, il s’engage totalement, et il peut transmettre énormément d’émotion au public.

Manuel Escribano

C’est également le cas de l’arlésien que les biterrois connaissent bien également, Mehdi Savalli. Torero particulièrement courageux, communiquant avec le public, notamment lors des poses de banderilles, il peut enflammer les arènes, tant son engagement se révèle total. Encore une fois, face aux Victorino Martin, il devra faire preuve de la plus grande rigueur, notamment lorsqu’il prendra l’épée et la muleta.

Mehdi Savalli

David Mora est également un très fin torero. Très élégant dans ses postures, et pourtant lui aussi abonné aux « corridas dures », il dégage dans son toreo une impression de facilité, alors que ses adversaires cherchent à peser sur lui. Il se montre toujours particulièrement serein, quels que soient les fauves qui lui sont opposés. Il peut, lui aussi, pour peu que le tirage au sort lui soit favorable, réaliser de très grandes choses dans ces arènes qu’il apprécie tout particulièrement.

David Mora

Une corrida de Victorino Martin est toujours dans une féria un moment fort. L’expression de « toros de combat » prend ici tout son sens. Ensuite, comme toujours en la matière, le destin décide.

» Pour en savoir plus sur la corrida du 14 août

Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

La fin de la corrida marque le vrai début de cette folle soirée de la feria, et cela commence devant la grande porte des arènes de Béziers, là où le public attend, s’ils ont triomphé, la sortie des toreros. C’était le cas pour la corrida du 12 août, avec la sortie en triomphe de Sébastien Castella, qui a obtenu trois oreilles face à ses quatre adversaires.

Une fois le torero conduit à son véhicule, un véritable minibus dans lequel il commencera à décompresser après l’exercice intense auquel il s’est livré, le public, qu’il ait assisté ou non à la corrida ne pense plus qu’à la fête, dans une ambiance musicale que les bodegas proches des arènes entretiennent avec force décibels.

C’est aussi l’occasion de réaliser quelques images de ces personnes de tous âges et de toutes conditions, croisées dans la foule, qui s’écoule peu à peu vers l’Avenue Saint-Saëns.

On peut donc croiser Henri Cabanel le sénateur de l’Hérault, mais aussi ces groupes de jeunes anonymes, venus tout simplement faire la fête. Derrière les comptoirs des bodegas il y a aussi toutes ces personnes qui s’affairent, et qui se mettent au service des festejaires, pour reprendre l’expression en langue occitane.

La Pena Oliva très proche des arènes est un lieu très apprécié, et avec un personnel particulièrement investi

Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault, sort de la corrida


Dans cette cohue, plutôt bon enfant, l’on peut croiser aussi ceux qui sont en charge de la sécurité publique, CRS, policiers nationaux et municipaux, pompiers, et même des soldats de la légion étrangère, dans le cadre de l’opération sentinelle. Pour eux il n’est pas question de fête, mais bien de vigilance, et d’engagement.

Pour ces jeunes filles la fête avait déjà bien commencé !

Ce jeune homme avait un sens inné de l’effet de lumière !

La simple vue d’un appareil photo, dès lors qu’il a une touche plutôt professionnelle, suscite d’ailleurs des demandes, un peu comme si ces personnes voulaient immortaliser à tout jamais les bons moments qu’ils passent. Difficile dans ce cas de ne pas répondre à leurs sollicitations.

Bruno Modica